La Panaméenne propose des repas et des produits bio ou locaux, à des prix abordables. Cette halle alimentaire est aussi un lieu d’insertion sociale.

Kahina, Fatima, Roselyne et les autres habitent le quartier Porte-de-Vanves ou à proximité. Pendant un an, elles seront une douzaine à faire tourner La Panaméenne, accompagnées par Farida, Caroline et Léonie, leurs trois conseillères. « Ici, on se sent libre » confie Saloni, originaire de l’Ile Maurice, « On partage tout, on apprend en équipe et on travaille dans la bonne humeur ! ». La diversité culturelle des salariées ouvre de belles perspectives dans la carte des menus conçus sur place (plats  à 5 € et menus complets à 9 €) : la cuisine couvrira un large panel culinaire en direct du Cameroun, d’Algérie, de Sierra-Leone, du Nigéria ou de l’Île Maurice.

Depuis le 1er février, la boutique La Panaméenne a ouvert ses portes au 104 rue Didot. C’est également un magasin d’alimentation générale qui propose des produits locaux en direct des producteurs, de culture bio ou de l’agriculture raisonnée, à des prix accessibles à tous. Le défi semble une gageure, mais les fondateurs sont sûrs d’eux : « Nous sommes complémentaires des associations pour le maintien d’une agriculture de proximité et ne jouons pas la concurrence avec les commerces du quartier » précise Agathe Cousin, présidente de l’association qui gère La Panaméenne. « Par exemple, nous ne proposons aucun produit identique à ceux de notre voisine la Fromagerie Didot ». De son côté, Gilles le fromager assure : « C’est plutôt une bonne nouvelle pour le quartier. Ça va ramener du monde ». Prochainement, La Panaméenne proposera aux habitants des ateliers conviviaux autour de la confection de plats originaux ainsi que des conseils pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

La Panaméenne est en conformité avec les règles définies par Paris, dans le cadre du programme de « halles alimentaires » (lire encadré). Food de Rue, l’association porteuse de ce projet, a déjà fait ses preuves sur le site des Grands Voisins. Depuis janvier 2016, elle a participé à la réanimation de l’hôpital désaffecté Saint-Vincent-de-Paul. Elle y avait rénové les anciennes cuisines du bâtiment hospitalier pour y accueillir leur incubateur : cuisine, bureaux, restaurants et centre de ressources. Le 22 novembre, son initiative était récompensée par un des Trophées de l’économie sociale et solidaire décernés par la ville de Paris.

 

Incubateur culinaire et triporteur

La boutique est aussi un chantier d’insertion, ou plus précisément : « Un incubateur culinaire dédié aux femmes en situation de précarité, toutes sélectionnées par Pôle Emploi. » précise Agathe Cousin, la présidente locale de Food de Rue. « Notre idée est de les aider à lever tous les freins qui les empêchent de travailler : maîtrise de la langue française, difficultés de logement, endettement, etc., et de les accompagner à retrouver un emploi ». Et pour celles qui le souhaitent, une autre opportunité se présentera : « C’est l’originalité du projet : accompagner ces femmes vers l’entrepreneuriat avec la création d’une coopérative d’activités qui va leur permettre de devenir salariées ». Au terme de trois années au sein de la coopérative, elles auront à choisir entre le statut de gérantes indépendantes ou celui de salariées de leur propre entreprise. « Notre objectif est de créer en France la première franchise solidaire dans le domaine de la cuisine de rue ». Un triporteur est à l’essai pour fournir à domicile les clients du quartier. Et Saloni la Mauricienne rêve déjà de se lancer : « J’aimerais monter dans le quartier un petit restaurant pour moi ».

« Food de Rue œuvre à créer des passerelles entre le tout économique et le tout social » explique Gauthier Hauchart, directeur général de Food de Rue, « Afin de leur permettre de construire un véritable projet de changement de vie, adapté à leurs capacités, à leur rythme. Nous visons ainsi la maximisation du bénéfice social et non celle du profit ».

Au conseil de quartier de la Porte-de-Vanves on se fait l’écho de la satisfaction des habitants : « Les riverains ont exprimé une forte attente en faveur d’un espace de proximité proposant une alimentation saine. Le quartier Broussais est en pleine expansion avec la création de nombreux programmes qui garantissent la mixité des lieux : EHPAD, logements sociaux, logements étudiants, ateliers, locaux associatifs ou encore équipements publics ».

Alain Goric’h

La Panaméenne : 104, rue Didot, 75014 Paris
mardi à vendredi 10h-20h, samedi 14h-20h
www,facebook,com/food2rue