Une nouvelle forme de consommation

Au début du XXe siècle, 80% des fruits et légumes consommés par les Parisiens poussaient en Île-de-France. À cette époque, certaines parties du 14e étaient encore champêtres et Montsouris, Chatillon, Montrouge fournissaient la capitale en aliments sains, locaux, écologiques. Puis, la société de consommation, la poursuite de l’industrialisation et de l’urbanisation ont mis fin à cette ceinture maraîchère entourant Paris. Maintenant que nous rêvons à nouveau d’une capitale connectée, solidaire, liée à sa campagne environnante, le 14e voit fleurir de nombreuses initiatives pour manger local. Il y a d’abord eu l’engagement de la caisse des écoles du 14e auprès de la Coopbio d’Île-de-France, qui apporte des pommes de terre bio dans toutes les cantines des quatorziens. Puis, un collectif d’habitants désireux d’une agriculture de proximité a créé une communauté Locavor pour Paris-Alésia, gérée par Laurence Depond. Y adhérer permet de commander des produits locaux en circuit court aux producteurs et aux artisans de la région et de les récupérer chaque jeudi soir au Poinçon, près de la Porte d’Orléans (La Page n°125). Le succès fut très vite au rendez-vous et les membres les plus actifs du groupe décidèrent en février dernier de passer à l’étape supérieure : la création d’un magasin coopératif.

Un fonctionnement démocratique

Parti de la base engagée des membres du Locavor, la nouvelle équipe s’est très vite répartie les tâches en formant des groupes de travail : finance, réglementation, fonctionnement, communication, partenaires, producteurs et approvisionnement. Xavier Morin est devenu le président de l’association Coop14, créée pour donner une représentation légale à leur groupe. Puis, le collectif a rapidement démarché la mairie qui a suggéré un local de la RIVP à la Porte d’Orléans. Celui-ci est toujours en construction et devait être livré en octobre sans les finitions. Les travaux d’électrification et d’organisation de l’espace seront donc à la charge de la future coopérative. Coop14 a tout préparé : des contrats avec des producteurs d’Île-de-France, un plan d’affaires pour être en quelques mois à l’équilibre financier alors que le quartier accueille déjà plusieurs magasins bio, des achats de matériel de récupération pour aménager le local, et une collecte de fonds. Les statuts définitifs de la coopérative sont en cours de discussion. Le temps long est une composante essentielle de la démocratie participative. Les principes de celle-ci sont appliqués pour les décisions de Coop14. La finalité est de prendre en compte l’avis de tous. Le choix du statut et la prise de décisions nécessitent des débats, des confrontations de points de vue pour être en mesure de dégager un consensus. Les futurs coopérateurs discutent régulièrement, en présentiel ou en numérique. Les sujets sont tranchés par des votes successifs pour ne conserver que les idées les plus partagées. Xavier précise que « chacun peut s’exprimer et on part du général pour aller au particulier, on élimine ce sur quoi on n’est pas d’accord et on avance jusqu’au consensus ou au moins une majorité significative ». Les coopérateurs, et eux seulement, pourront faire leurs courses en achetant au départ des parts du magasin (une part coûtera 10 €) ; le nombre minimal de parts à acheter pour adhérer dépendra des revenus.

Une ambition sociale

Le collectif a abouti à un consensus sur le sens donné au projet. Les membres veulent partager une éducation du bien manger autour de produits responsables. Ils doivent l’être par leur production : en pleine terre, de saison, sans produits phytosanitaires, et aussi pour leur consommation : un transport court, peu d’emballage ; le vrac et la consigne seront privilégiés. L’objectif est de permettre à tous d’accéder à une alimentation saine, de grande qualité nutritive et durable. Il y a aussi une ambition sociale : renforcer la cohésion du quartier et faire du magasin un lieu de sociabilité et d’apprentissage. Ce sera un espace convivial proposant des prix justes pour le consommateur afin d’assurer la mixité sociale et de rémunérer convenablement les producteurs. Un espace appelé « atelier » accueillera des cours de cuisine, des leçons pour faire soi-même sa lessive et ses produits de bain, et aussi des cours théoriques sur l’agronomie, l’économie circulaire. Chacun sera incité à offrir de son temps, partager son savoir ou fabriquer quelque chose pour les autres par le système de la future coopérative. En effet, en plus de l’achat d’une ou plusieurs parts, le coopérateur devra travailler trois heures par mois. Ce qui représente une force de travail très importante si les cinq cents personnes souhaitant participer à l’aventure tiennent leur engagement. Si la participation se limite à la mise en rayons, il n’y aura pas de travail pour tout le monde, et ceci d’autant plus que le nombre de personnes intéressées augmente régulièrement*. Les autres activités absorberont donc le surplus d’heures.

Rémi Velez

*Les lecteurs de La Page souhaitant devenir coopérateurs peuvent écrire au collectif à partir du site internet https://coop14.fr/.

Les sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) sont des sociétés capitalistes, au sens où elles ont des actionnaires qui mettent la main à la poche et se partagent les bénéfices finaux (après impôts, investissements, etc.). Ce sont aussi des sociétés inclusives car elles doivent dans leur organisation associer les salariés, les acteurs bénéficiaires (clients, usagers, fournisseurs) et les contributeurs (bénévoles, collectivités publiques, entreprises, associations). Enfin, ce sont des sociétés démocratiques car chaque sociétaire dispose d’une seule voix à l’assemblée générale, indépendamment de ses parts dans le capital.