Quand le 14e abritait des amours infidèles…

Après avoir été emprisonné, puis exilé en Sibérie à la suite de l’insurrection de 1905, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, séjourne dans plusieurs pays européens, étroitement surveillé par la police tsariste. En 1908, il s’installe à Paris, d’abord dans le quartier du Panthéon, puis dans un appartement bourgeois au 24, rue Beaunier, dans le 14e arrondissement, où il vit avec sa femme Nadejda, sa belle-mère, et sa sœur. Une plaque est d’ailleurs toujours visible sur cet immeuble. Encore inconnu à cette époque, il va ensuite s’installer au n°4 de la rue Marie-Rose en 1909 où il restera jusqu’en 1912, préparant activement la révolution d’octobre 1917. Il va aussi rencontrer là le grand amour de sa vie Inessa Armand, dite Inès, activiste communiste d’origine française mariée au russe Alexandre Armand, issu d’une famille de capitalistes. Inès a 35 ans. Lénine est séduit par sa beauté et son activisme social, ils fréquentent ensemble les amis révolutionnaires russes du futur dirigeant bolchévique entre la Porte d’Orléans et Montparnasse.

Lénine installe Inès tout près de lui, au 2, rue Marie-Rose. Lénine et Inès vivent leur amour dans les cafés de l’avenue d’Orléans (aujourd’hui avenue du Général-Leclerc). Nadejda ferme les yeux, cautionnant ce ménage à trois. Elle se contente d’être une épouse dévouée. Inès deviendra pendant son séjour parisien la plus proche conseillère, assistante, et confidente de Lénine. Plus que sa maîtresse, elle fut le véritable amour de sa vie.

Rentrées en Russie avec Lénine, Inès Armand et Nadejda Kroupskaïa conservent de bonnes relations, et collaborent notamment à la publication du premier magazine Rabotsina qui veut dire « ouvrière » en mars 1914 et, un an plus tard, à la « Conférence internationale des femmes » organisée à Berne. Elles resteront très actives et engagées en faveur des revendications féminines. 

Hors de Paris, les amants ne vivront plus qu’une relation essentiellement épistolaire. Un amour passionnel qui fut l’un des secrets les mieux gardés de l’Union soviétique, pour que rien ne vienne troubler l’image de révolutionnaire idéal et d’époux parfait de Lénine. Le petit appartement du n°4 fut racheté par le Parti communiste français et transformé en musée. Seul musée français consacré au leader bolchevique, il a fermé ses portes en 2007. La plaque commémorative a elle aussi disparu.

Morte en 1920 du choléra, Inès Armand eut droit en Russie à des obsèques nationales, et fut enterrée dans la nécropole du mur du Kremlin. Lénine la rejoindra quatre ans plus tard. Ils reposent aujourd’hui à quelques mètres l’un de l’autre, lui dans le mausolée, elle aux pieds du mur du Kremlin.

Chantal Bauchetet