On entend souvent que le confinement pour limiter la pandémie de Covid a mis à mal la vie associative. C’est pourtant dans cette période de crise qu’est née l’association Saint-Yves nouvelle (Asyn) au sein de la Cité du Souvenir, 11, rue Saint-Yves (La Page, n° 18), comme en écho à la solidarité du temps de l’abbé Keller, son fondateur, dans les années 1930. Rencontre avec Rezkia Benkechida, qui œuvre avec entrain à son animation.

Aujourd’hui retraitée, Rezkia Benkechida est bien connue au sein de sa résidence. Son grand père était arrivé d’Algérie dans les années 30, son père l’avait rejoint début des années 40, puis sa mère en 1962, alors qu’elle avait neuf ans. Elle dit d’emblée sa reconnaissance pour l’accueil reçu et pour l’esprit d’entraide de l’époque.  « Dans les années 60-70, les habitants étaient des familles nombreuses du milieu ouvrier. Il y avait beaucoup de suroccupation dans les logements, lesquels se composaient uniquement de cuisines et de chambres ; il n’y avait pas de salon ; un WC intérieur mais pas de salle de bain : on branchait un tuyau au robinet du chauffe-eau de l’évier pour se doucher dans une grande bassine. La vie sociale était réglée par l’abbé Keller qui était le gestionnaire de la Cité et faisait le lien entre les familles. Une salle était dédiée à des activités menées par des catholiques qui fréquentaient la chapelle au centre de la Cité.

Je me souviens du théâtre pour les enfants, et aussi que mon père y était venu pour des prières de fête de l’Aïd. En plus du loyer, chaque famille versait « l’entraide loyale », un don qui alimentait un fonds que l’abbé réinvestissait pour acheter du terrain et construire d’autres logements sociaux. Plus qu’une cité, c’était un village où tout le monde se connaissait, se respectait et où chacun dépannait l’autre en fonction de ses possibilités.  Avec ces anciens, j’ai tout appris : le français, la socialisation, le militantisme, la tolérance, l’ouverture », confie-t-elle. D’où ses multiples engagements au sein du conseil de quartier et de plusieurs associations.

Aussi, lorsqu’en 2020 deux jeunes de la résidence, qu’elle connaît bien, lui demande de l’aide pour monter une association pour lutter contre l’isolement durant la période de confinement, elle accepte d’en devenir la secrétaire, les jeunes occupant les fonctions de président et de trésorier.

De la solidarité au règlement des litiges

« Pendant la période de confinement, on avait cousu des masques, livré le pain et les packs d’eau, affiché un numéro de téléphone en cas de besoin, informé sur la vaccination. Pour se projeter au-delà de cette période, raconte Rezkia Benkechida, nous avons fait circuler un questionnaire auprès des habitants pour connaître leurs envies, imaginer comment générer de la convivialité. » La nouvelle association signe une convention d’occupation de la salle et organise des activités trois après-midis par semaine, de 14h00 à 20h00 : le lundi est consacré aux seniors (goûter, relaxation), le mercredi aux enfants (jeux et soutien scolaire) et le samedi aux échanges intergénérationnels (deux séances sont organisées avec les aînés pour témoigner de leur vécu d’habitants de la Cité). Parmi les demandes sont apparues des questions impliquant de jouer un rôle d’interface avec le bailleur. La mise à disposition du local, l’aménagement d’un jardin partagé, la fourniture de poubelles supplémentaires, par exemple, ont trouvé un aboutissement grâce à une relation « de respect mutuel avec le bailleur », estime Rezkia Benkechida. Mais d’autres questions relatives au volet locatif émergent, comme le montant des charges, les travaux de salle de bains… sujets plus juridiques. L’Asyn adhère alors à l’association de défense des consommateurs CLCV (Consommation logement cadre de vie) qui apporte son aide à la prise en charge des litiges.

À ce jour l’Asyn compte 48 adhérents, dont 32 participent au jardin partagé. Sachant qu’en plus des 186 logements de la Cité, tout locataire de la SA Domnis, le bailleur privé propriétaire de nombreux immeubles alentour, peut devenir adhérent, que pensez de ce résultat ? Quatre associations successives ont vu le jour au sein de la Cité, puis disparu. Les deux jeunes à l’initiative de la création de l’association nouvelle ont déménagé. « Quel avenir pour l’Asyn ? Faire vivre une association sur le long terme n’est pas tâche facile. Les adhérents soutiennent les actions, mais ne s’impliquent pas forcément à la hauteur des attentes de ceux qui se donnent à fond. Il y a un équilibre à trouver, mais on aimerait susciter plus d’engagement, ne serait-ce que de temps en temps », souligne Rezkia Benkechida. Comment faire passer les habitants de la plainte ou de l’idée à l’action ?  « On ne va pas baisser les bras. Asyn est nécessaire et utile pour nos adhérents. C’est l’hiver, il faut laisser le jardin au repos et les humains aussi ! On va en profiter pour préparer le printemps », conclut-elle.

Françoise Cochet

Asyn,  adresse postale : 11, rue Saint Yves, boîte 201, 75014 Paris

Contact : association.St.Yves.nouvelle@gmail.com

La cotisation annuelle de 20 € donne accès aux activités et comprend l’adhésion à la CLCV de trois représentants