Centre Forja

Laure Simonnet, directrice du centre de rééducation professionnelle (CRP), réservé aux personnes adultes déficientes visuelles, nous accueille au 106-108, rue de l’Ouest.

En 1973, à Malakoff, un groupe de parents de jeunes adultes non-voyants s’inquiètent du manque de structures capables de les accueillir. Aidés d’amis, ils réagissent et finissent par créer le centre Forja qui ouvre ses portes à Malakoff en 1977. Il s’agit de permettre aux personnes non ou mal voyantes d’intégrer le monde du travail mais aussi de les accompagner pour leur développement personnel et leur vie sociale.

En 1993, Jacques Chirac prend l’initiative de transférer ce centre dans le 14e, dans cet immeuble de la Mairie de Paris qui nous accueille aujourd’hui. Trois étages du bâtiment sont dédiés à la formation ; toutes les salles sont équipées de matériel informatique à l’usage des personnes déficientes visuelles, l’ensemble des lieux est adapté à cet handicap (parcours dans l’espace, intensité lumineuse…). Le CRP Forja est un établissement médico-social, sous agrément de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France. Depuis 2018, il est gérée par la fondation lyonnaise : Œuvre Villages Enfants.

Stagiaires et formations

Les personnes accueillies, à partir de 18 ans, sont orientées par les Maisons départementales des personnes handicapées ou Cap emploi. Chaque parcours est adapté au niveau du stagiaire, au marché du travail, à la nature et à l’antériorité du handicap : une malvoyance de naissance et une dégradation évolutive de la vue ne demandent pas la même prise en charge, en particulier psychologique.

Trois programmes de formations :

– niveau de base, ciblé pour personnes ne maîtrisant pas la langue française ;

– remise à niveau technique, destinée principalement aux personnes qui ont besoin de s’approprier les outils comme le braille, l’informatique…

Ces deux formations permettent d’élaborer un projet de poursuite de parcours ;

– parcours tertiaires incluant si besoin une période préparatoire, pour trois types de diplômes : employés administratifs d’accueil, niveau CAP/BEP – conseiller relation client à distance, niveau BAC – gestionnaire d’unité commerciale, niveau BAC +2. Ces formations comportent un stage en entreprise, les propositions de ces dernières restent peu nombreuses, malheureusement les réticences vis-à-vis du handicap subsistent. Tout diplôme fait l’objet d’un agrément.

Chaque stagiaire est suivi par un professionnel référent du centre Forja. Les études sont entièrement prises en charge par la sécurité sociale, le stagiaire touche en outre une rémunération au titre de la formation professionnelle. Sur les 40 stagiaires accueillis par an, la plupart trouveront un emploi ou s’orienteront vers une autre formation en continuité.

Équipe encadrante, activités

Le personnel du centre est composé de 24 personnes. Outre les formateurs qui assurent l’enseignement des matières fondamentales et le groupe de direction, on trouve une comédienne, une psychologue, deux assistantes sociales, une chargée d’insertion, une transcriptrice de document, une instructrice de locomotion et… un cuisinier qui assure la réputation du restaurant-maison. La maintenance du réseau et du matériel informatique est confiée à une société extérieure.

En dehors de la mise en œuvre de son projet d’accompagnement personnalisé, le stagiaire a la possibilité de participer à d’autres activités telles que sports, théâtre… Nous avons pu assister à une séance de l’ « atelier journal » animé par Nathalie, formatrice en français. Ce jour là, huit personnes mal ou non voyantes sont installées devant un ordinateur, chacune a dû rédiger un sujet de son choix pour alimenter le webzine*, il s’agit de « s’amuser avec l’écrit et les mots ». Mélissa, accompagnée d’un chien guide, nous prend en main pour présenter son appareil : lecteur audio et en braille pour les non-voyants, muni d’un système grossissant pour les stagiaires à faible vision.

Aussitôt, le groupe décide de visiter le site de La Page : l’article offert du dernier numéro est lisible par tous, mais il n’en est pas de même pour les archives, il va falloir étudier le problème… Mais on parle déjà d’un article rédigé pour le prochain numéro de La Page. Puis nous passons un moment  à écouter Viviane qui nous lit ses poèmes. Le temps file vite mais nous nous retrouverons.

À l’issue de cette visite du centre, sensibilisés par les nombreuses divergences de vue sur l’existence des feux de circulation dans le quartier Pernety, nous avons recueilli les propos de Laure Simonnet. « Dans l’absolu, dit-elle, le projet est valable, mais pourquoi avoir choisi l’environnement d’un centre pour malvoyants ou personnes aveugles ? Pourquoi décider de supprimer ces feux sans aménagements préliminaires, adaptés à tout type d’usagers ? Un déficient visuel est plus vulnérable qu’une personne n’ayant pas de handicap, il faut que la société lui offre les moyens de s’intégrer en sécurité ».

Pour conclure, retenons ce que Nadia, non-voyante, membre de l’Atelier Journal écrit sur le webzine : « Qui que l’on soit, quoiqu’il nous arrive, il y a toujours des solutions, il faut juste tomber sur les bonnes personnes pour les trouver ». Nul doute que les « référents handicap », désignés depuis octobre dernier dans chaque conseil de quartier, sont ces bonnes personnes : les plans du futur espace vert de Broussais, lisibles en relief, en seront un exemple.

Janine Thibault

*webzine, magazine électronique diffusé sur internet : webzineforja.e-monsite.com/